Auto-biographie d'Olympe de Gouges
“
Je sors d'une famille riche et estimable, dont les événements ont changé la fortune. Ma mère était fille d'un avocat très lié avec le grand-père du marquis de Flaucourt (Le Franc)
, à qui le ciel avait donné plusieurs enfants. L'éducation du marquis, l'aîné de ces enfants (
Le Franc de Pompignan)
, fut confiée à mon grand-père (Jacques Mouisset)
, qui s'en chargea par pure amitié. Le cadet (
Georges Le Franc)
, que son mérite a élevé jusqu'à l'archiépiscopat, fut allaité par ma grand'mère ; il devint par là le frère de lait de celle qui m'a donné le jour (Anne Olympe Mouisset)
, et qui fut tenue sur les fonts baptismaux par le marquis, son frère aîné. […] Ma mère devint donc chère à tous les Flaucourt (Le Franc)
. Le marquis, son parrain, ne la vit pas avec indifférence ; l'âge et le goût formèrent entr'eux une douce sympathie dont les progrès furent dangereux. Le marquis, emporté par l'amour le plus violent, avait projeté d'enlever ma mère et de s'unir avec elle dans un climat étranger.
Les parents du marquis et de ma mère s'étant aperçus de cette passion réciproque trouvèrent bientôt le moyen de les éloigner. […] Ma mère fut cependant mariée ; le marquis envoyé à Paris, où il débuta dans la carrière dramatique par une tragédie qui rendra son nom immortel (
Didon)
. Il revint dans sa province, où il trouva celle qu'il avait aimée, et dont il était encore épris, mariée et mère de "plusieurs enfants dont le père était absent". […] Je vins au monde le jour même de son retour (de Gouze)
, et toute la ville pensa que ma naissance était l'effet des amours du marquis. […] Il employa tous les moyens pour obtenir de ma mère qu'elle me livrât à ses soins paternels. […] ce qui occasionna entr'eux une altercation dont je fus victime. Je n'avais que six ans quand le marquis partit pour ses terres, où la veuve d'un financier[5] vint l'épouser”.